La maison Golden

510rmhm0vul sx300 bo1 204 203 200

Chronique :

Titre :
La maison Golden

Auteur :
Salman Rushdie.

Parution : 29/08/2018 – Éditions Actes Sud.


413 Pages.


L’irrévérence humaniste

Indéniablement ancrée dans notre temps, ce conte moderne est une tragédie : celle de la mafia et de la finance, celle d’une « famille » au sens moderne où les intérêts en jeu dictent les actions des personnages liés par un code de l’honneur à l’agonie, celle d’une époque où les dieux sont morts et où la vie est un combat contre la mort. Nos plus grands thèmes contemporains sont décortiqués : la question du genre, de l’altérité, du sens de la vie, de la dignité, le tout dans les contrastes new-yorkais, l’oasis des Jardins vs la cruelle indifférence de la ville.

Dans cette histoire vraie parce qu’elle est entièrement construite, le message pourrait être le suivant : le présent ne se bâtit que sur le passé et ce qui nous tue est précisément ce que nous avons construit. Il faut un extraordinaire courage aux protagonistes pour jouer le rôle qu’ils se sont eux-mêmes assignés dans leur existence. L’auteur nous offre une magnifique occasion d’examiner les motivations majeures qui animent nos contemporains et finalement qui nous animent nous-mêmes.

Mythologie quantique ?

Le récit, multidimentionnel, truffé de références artistiques et culturelles – dans notre vaste culture mondiale, fait feu de tout bois. Au fil des chapitres, nous vibrons des histoires fondatrices de l’humanité, des films cultes, des musiques et des vers célèbres, des concepts philosophiques indispensables. Guidé par la verve d’un auteur érudit et mélomane, nous plongeons dans une interprétation de l’actualité des États-Unis et de la politique des 8 années du mandat Obama, fiers de reconnaître en filigrane les œuvres que nous avons parcourues, aimées, détestées. La dimension universelle et archétypale de « la Maison Golden » oppose et mêle le bien et le mal de notre temps.

Je suis ressortie de cette lecture riche de ce point de vue distancié et empathique, lucide et sans concession. L’énergie du style est telle que le lecteur n’est jamais accablé mais qu’il se laisse emporter à son tour – à l’instar des personnages, dans le « mouvement tourbillonnant de la vie ».

Avec l’art de conteur de Salman Rushdie, j’ai eu l’impression de mener une grande conversation nocturne avec un ami new-yorkais, dans une nuit blanche vécue à toute vitesse, peuplée de connaissances communes, d’analyses sociologiques pleines de sous-entendus et de paris sur l’avenir.

« La vie a plus d’imagination que nous » - Dédicace

Ce récit est une enquête aussi où les fausses pistes, les rebondissements et les surprises nous laissent pantois. Comme ne pas prévoir cette chute, si largement annoncée par l’auteur ? C’est qu’on a toujours du mal à croire à l’évidence et que le Destin manque de cynisme. Le fil du temps est emmêlé et celui qu’on croyait être le héros n’est en fait qu’un maillon de la chaîne. « Le reporter sur un champ de bataille est tous les jours confronté à un choix : prendre part au combat ou pas ? Ce qui est déjà assez compliqué quand votre propre pays EST en guerre, que votre peuple est partie prenante et donc par extension, vous aussi. Mais parfois la bataille qui se déroule n’a rien à voir avec vous. Ce n’est même pas une guerre, plutôt un match de boxe, et vous vous trouvez par hasard au bord du ring. » p.192

À bien y réfléchir, « la Maison Golden » est une belle leçon de tolérance, d’humanité et de confiance en la vie.

Que lire ensuite ?

Après une telle épopée, difficile d’enchaîner. Et pourtant, avec ce sentiment persistant que « la Maison Golden » ressort d’une écriture masculine, j’aurais envie d’un roman plus en demi-teintes, féminin peut-être ou plus français ? Avec l’envie de rester un peu dans cette Amérique contemporaine qui nous éclaire à force de nous faire de l’ombre. Chris Simon et sa série Brooklyn Paradise disponible sur Amazon. Et lue d’une voix de maître par Cyril Godefroy est une bonne idée.

Résumé :

Le jour de l'investiture de Barack Obama, un énigmatique millionnaire venu d'un lointain Orient prend ses quartiers dans le bijou architectural des "Jardins", une communauté préservée nichée au cœur de Greenwich Village, à New York.

Flanqué d'une jeune maîtresse russe, la sulfureuse Vasilisa, Néron Golden est accompagné de ses trois fils adultes, aussi brillants que névrosés : Petronius, dit Petya, l'agoraphobe génie de l'informatique, Lucius Apuleius, dit Apu, l'artiste mystique, et Dionysos, dit D., l'indéfini sexuel.

Parmi les demeures qui ceignent les Jardins se trouve celle de René Unterlinden, jeune cinéaste putatif, traumatisé par la récente disparition de ses parents dans un accident.

Quand les Golden emménagent, René, comprenant que ces fascinants nouveaux voisins seront son remède et sa muse, fait leur connaissance, devient leur familier et calque l'écriture du scénario de son film sur les événements qui secouent cette maisonnée dont bien des secrets, passés, présents et futurs, lui échappent encore.

Le passé ? C'est l'Inde que Néron Golden a fuie, mais qui va les rattraper, lui et les siens.

Le présent, ce sont les huit années du mandat Obama, l'Amérique des grandes espérances de 2008 et leur progressive dégradation, tandis qu'en embuscade un Joker aux cheveux teints s'apprête à accéder au pouvoir...

L'avenir, c'est celui, obscur, d'un monde contemporain livré au doute, mais dont l'éblouissante imagination de Salman Rushdie transcende les peurs, les rêves et les égarements.

Chronique réalisée par Céline Bernard


Pour se le procurer :Cliquez ici fds2016
Sa page Facebook :Cliquez ici fds2016

Ajouter un commentaire