Double peine, harcelé par mes profs

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Chronique :

Titre :
Double peine, harcelé par mes profs

Auteur :
Clément Lamy.

Parution : 05/03/2018 – Éditions Lamyfox.

128 Pages.

Un témoignage sur le fil du rasoir

Pour en avoir écouté des centaines et écrit quelques-uns, je sais combien le témoignage est un exercice difficile car il est lié à la réalité. Autobiographie thématique à double visée, le témoignage porte en soi un message ou une intention didactique. L'auteur nous dit : "Voici la leçon de mon parcours et je la livre telle que je l'ai vécue". Et pourtant, il y a bien cette dissociation entre la victime d'avant puisque c'est bien le cas et le narrateur d'aujourd'hui qui redonne le sens, en toute conscience.

Voilà ce qui m'a fait peur, dans le livre de Clément.

Tribunal ou revendication ?

Mais finalement, j'ai été agréable surprise par le style simple, sincère et relativement neutre du récit. Pas d'épanchements misérabilistes, quelques dérapages peu amènes contre des personnalités anonymes, qui amusent plutôt qu'ils n'indignent. Pas de malaise de ce côté-là, donc.

Enseignante, j'ai été confrontée à des situations floues en classe et mes réactions n'ont pas été toujours à la hauteur. Oui, je l'avoue, il m'arrive de confisquer des objets, de crier, de donner des devoirs à la maison. Ce livre me vise-t-il ? Oui et non. Il me touche c'est sûr, car il évoque de manière directe et naïve toutes les problématiques de l'individu face à l'autorité dans une classe, au travers d’une particularité telle qu'elle exclut l'identification de base. Le mutisme est une affection peu banale. On est très loin d'un effet médiatique du type #Me too. Et on aurait envie au contraire de partager son avis sur la question et/ou d'avoir un droit de réponse en tant qu prof.

Par exemple, au sujet des devoirs interdits en primaire, je crains qu'une certaine parentèle ne les exige, justement par obsession de réussite scolaire. Le triangle évoqué ne penche pas d'un seul côté...

Antigone - à l'école du XXIème

Si Clément remet en question les réactions face à la différence, à la faiblesse, à l'incompréhension et à l'interprétation abusive, il n'a personne en particulier dans le collimateur. Ni un enseignant désigné, ni l'institution scolaire qui lui permettent des rencontres et des expériences positives aussi.

Il s'appuie au contraire sur des lois, il reconnaît ses propres erreurs, il n'apparaît pas du tout comme un fanfaron. Il me semble même très courageux de porter ce témoignage au grand public. De fait, il n'a pas tort de nous montrer sa vision du mutisme. Il m'aura éveillée aussi à l'hypersensibilité des élèves face à leurs enseignants alors même que leur visage reste impassible ou muet. Se comprendre au-dessus du fossé des générations est un challenge. En tous cas, je conseille cette lecture à tous les adolescents, pour réfléchir aux situations complexes de supériorité-infériorité-compétition et inventer peut-être un avenir plus harmonieux.

Que lire ensuite ?

Cette période de l'enfance - qui n'est pas sans rappeler Poil de Carotte de Jules Renard ou même Cosette des Misérables de Victor Hugo, voire le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé- cède la place à une expérience plus satisfaisante : la démarche d'autoédition, ainsi que le choix de l'informatique augurent d'un nouveau départ dans la vie.

Je me demande si Clément Lamy choisira d'orienter son témoignage vers le récit de son lancement entrepreneurial ou vers la défense des enfants mutiques et harcelés. Nicolas Bouvier débroussaille le terrain dans ce domaine.

Dans les deux cas, il aura fort à faire et je le suivrai de près très volontiers.

Résumé :

Pendant de longues années, je me suis battu contre le "Mutisme", un trouble anxieux qui m'empêchait de parler à quiconque.

Cette pathologie étant peu connue en France, mon absence de parole a suscité l'incompréhension dans le cercle familial et amical.

Mes parents et moi nous sommes retrouvés seuls pour découvrir la cause et la solution à cette douleur silencieuse.

J'étais alors un enfant "différent" scolarisé dans une école dite "ordinaire", le genre d'endroit où quelqu'un avec un handicap est très vite remarqué par des personnes mal intentionnées !

À la blessure psychologique provoquée par mon mutisme s'est alors ajouté le harcèlement scolaire. Des violences quotidiennes dont les enfants n'étaient pas les seuls auteurs... J'étais à la fois privé de la parole et violenté moralement et physiquement à l'école. Plus de quinze années de souffrances que j'ai vécues comme une double peine.

Chronique réalisée par Céline Bernard

Pour se le procurer :Cliquez ici fds2016