Béatrice & la liberté

39467198 671480213228961 3815039283748667392 n

Chronique :

Titre :
Béatrice & la liberté

Auteur :
Michel Juste.

Parution : 23/11/2017 – Iggybook.

92 Pages.


C’est gonflé comme sujet

Très clairement, j’avais flashé sur le titre, aussi bien que sur celui de « Liberté conditionnelle » de Florian Dennisson. À dire vrai, dès qu’il est question de liberté, j’adhère, car il me semble que cette valeur est essentielle. Et puis la couverture, en chauds dégradés rouges-oranges-jaunes me laissait présager une histoire pleine de tendresse.

J’ai été servie

Le début de l’histoire m’a propulsée dans une actualité cruciale : celle de la confrontation entre le monde musulman et l’Europe aujourd’hui. L’annonce d’un conte philosophique où les considérations sur le corps objet qui en constituent les premières pages sont peut-être la genèse de ce roman mais l’atterrissage est sans transition !

Dès les premières lignes, Béatrice est victime d’enlèvement. Un rapt brutal, aussi incompréhensible que la plupart des agressions qui ont lieu dans la rue. Sous l’image de conte philosophique, la coïncidence est frappante. Les rumeurs urbaines sont nourries de tels crimes ; il suffit d’annoncer un voyage dans les pays du Maghreb ou d’Orient pour déceler la lueur d’inquiétude qu’elles allument dans les regards.

Je me suis demandé si j’allais lire un roman qui commençait par les pires exactions : tortures et emprisonnement, alors que je tremble devant les « Gremlins ». Cela dit, l’ambiance n’est pas du tout la même. Béatrice, l’héroïne, garde une lucidité remarquable dans son parcours et même quand elle cède, relève le défi de préserver sa dignité humaine, et celle de ses compagnes. Autonomie, consentement, responsabilité, instinct de survie, sensualité, émotions s’entremêlent pour former la corde solide de la vie assumée.

Moins de 100 pages, une intrigue menée de main de Maître (c’est le cas de le dire) : je l’ai lu en une seule inspiration.

« On s’invente parfois des prisons qui s’avèrent plus terribles que les véritables. »


Le Style Juste

Ce qui est addictif, en dehors de l’histoire choc vue et vécue de l’intérieur, c’est le style d’écriture. Simple et direct, sans artifice et parfaitement juste (d’où le nom de l’auteur ?), « Béatrice & la liberté » ouvre une fenêtre dans notre propre monde intérieur.

D’habitude, j’aime souligner quand l’auteur invite le lecteur dans son imaginaire, etc, etc. Ici, Michel Juste parvient, avec un art du silence et de l’ellipse consommé, à connecter directement son lecteur avec son propre imaginaire. Le narrateur devient transparent. Il y a l’histoire et nous.

Par exemple, l’auteur ne détaille pas les scènes de torture ou de conflit. Pourtant, elles balisent l’histoire, autant d’épreuves insurmontables, finalement surmontées. Ce qu’il en tire, c’est la substantifique moelle, l’essentiel sans jugement à priori, en laissant au lecteur la liberté d’établir le sien.

« Rappelez-vous trois choses !

- Seulement trois ? Demanda Linh.

- Trois choses qui vous permettront de donner un sens à votre vie et à votre projet et qui vous aideront à rester humaines. La première est votre rapport au corps. Vous savez d’où vous venez et vous savez que vous allez mourir. Votre corps vit avec votre esprit et ils sont ensemble. »

Penser par soi-même est une urgence

Ce livre m’a bouleversée. Déjà parce que sa problématique m’a trotté dans la tête longtemps après l’avoir refermé ; ensuite, parce que sa lecture a peut-être fait évoluer ma réflexion et donc m’a conduit à prendre certaines décisions dans ma propre réalité – lien qui est assez rare à établir en fait ; enfin, parce que je me suis sentie terriblement démunie en matière d’éthique.

« La deuxième chose est votre rapport au temps. (…) Prenez soin des tous petits et des très âgés et sachez les accompagner. »


Déformation professionnelle ou talent romanesque, Michel Juste parvient à insuffler dans ce récit (aussi bien que dans ses autres romans, je parie) le feu des réflexions qui l’ont engendré. « Béatrice & la liberté » est un point de départ et non pas un point d’arrivée. En cela peut-il être un conte qu’on a envie de partager pour amorcer une discussion à portée philosophique. Il prouve magnifiquement l’urgence qu’il y a à penser par soi-même sans se soumettre – volontairement ou consciemment ou non – à des systèmes établis.


« Enfin la troisième chose. Votre rapport aux autres. Une seule maxime : faites ce que vous voulez de votre vie, elle est à vous. »


Que lire ensuite ?

Indéniablement, un autre récit de Michel Juste dans un genre tout à fait différent.

« Natale » et « UGA 32 » pour explorer les questions éthiques liées à l’anthropologie et à la science dans des genres différents : policier et science-fiction.

« Fleur de pays » si l’on s’intéresse à la mémoire et à l’histoire. Je ne lâcherai pas en tous cas cet auteur prolixe et aussi passionnant dans son écriture que dans ses idées.

Résumé :

Vous allez lire un conte. Sans date, ni lieu, mais terriblement contemporain, un récit pour adulte qui pourra stimuler votre imagination en vous amusant et en pratiquant la philosophie. Laissez les portes s'ouvrir, un monde à la fois cruel et vertueux va se dessiner devant vous. Des images sensuelles, équivoques vont venir titiller votre intelligence et votre éthique.

Et il y a même une fée. Elle s'appelle Béatrice.

Chronique réalisée par Céline Bernard


Pour se le procurer :
Cliquez ici fds2016
Son site :
Cliquez ici fds2016
Sa page Facebook :Cliquez ici fds2016

Le site Iggybook :
Cliquez ici fds2016
À consulter aussi le site d’Écriture plurielle :Cliquez ici fds2016

Ajouter un commentaire